Devenir mamans : le parcours du combattant de Geneviève et Chantal 

Chantal et Geneviève, les deux mamans heureuses d'Ambre. Photo Médialo Katia Cioce
Chantal et Geneviève, les deux mamans heureuses d’Ambre. Photo Médialo Katia Cioce

Depuis leur rencontre en 2013, Geneviève et Chantal ont pour projet de fonder une famille. Après avoir rencontré de nombreux obstacles sur leur route, le couple a accueilli, en 2024, la petite Ambre. Retour sur le parcours de ces deux femmes dont l’ambition était de vivre une vie de mères épanouies. 

Alors qu’elles venaient à peine de se rencontrer, le sujet de la parentalité a immédiatement fait surface. Il faut dire que Geneviève avait ce projet d’enfant depuis longtemps. « Avant de rencontrer Chantal, j’étais déjà dans un processus de fertilité, confie la jeune femme. Elle savait donc, en se mettant en couple avec moi, que je voulais devenir mère coûte que coûte. » Une envie profonde qui ne semble pas avoir refroidi Chantal, éducatrice spécialisée et propriétaire d’un service de garde à domicile. 

Plus âgée que sa conjointe, cette dernière avait pourtant presque fait une croix sur le fait d’un jour avoir des enfants, mais la volonté de Geneviève l’a poussée à la soutenir quelles que soient les épreuves qu’elle pourrait rencontrer. 

Le couple s’engage alors rapidement dans des démarches lui permettant d’un jour fonder sa propre famille. « Nous avons eu beaucoup d’embûches sur notre route, mais tellement de beaux cadeaux que nous a offerts le destin », ajoute Geneviève. 

Des premières tentatives, mais surtout des échecs 

Si devenir mère a toujours été un rêve pour Geneviève, cela n’a jamais été simple. Après des déceptions lors de ses précédentes relations, elle a décidé avec sa femme de se donner les moyens, tant financiers que psychologiques, de réussir. « Je voulais porter l’enfant, alors nous nous sommes tournées vers une clinique spécialisée dans ce domaine à Montréal. » 

L’une des premières étapes était de trouver le bon donneur en Ontario pour féconder, grâce à une insémination artificielle, les ovules de la future mère. « Nous avons pris beaucoup de plaisir à choisir notre donneur. On pouvait tout sélectionner : la couleur des yeux, la nationalité et même voir des photos, mais ce n’était pas le plus important pour nous. Ce qui comptait, c’était qu’il soit en bonne santé et sans antécédent particulier. » 

Malheureusement, si le sperme arrive en temps et en heure, du côté de Geneviève, les nouvelles ne sont pas bonnes. « Mes ovules n’étaient pas suffisamment fertiles, explique-t-elle. Le médecin nous a alors proposé d’envisager le don d’ovules ». 

C’est alors qu’un nouveau signe du destin intervient : plusieurs personnes de leur entourage leur proposent de devenir donneuses. Des amies, des proches et même une cousine se portent volontaires pour qu’au final le couple ne puisse garder que trois candidates parmi ces femmes généreuses. « La première qui était prête était une fille d’une amie proche, mais si six ovules ont pu être fécondés, seuls deux embryons ont survécu et ont été congelés pour les futurs transferts. » 

Persévérer malgré tout 

Après l’échec d’une première tentative, cela fonctionne enfin. Geneviève tombe enceinte. « On a vu le cœur battre, se souvient-elle. Mais dès la première échographie, les médecins ont remarqué que le bébé était trop faible et nous avons appris quelques jours plus tard que son cœur s’était arrêté ». 

Un drame pour la mère mais aussi pour son épouse qui, face à ces épreuves à répétition, devait tenir le coup. « Émotionnellement, ça commençait à être lourd, mais Geneviève ne voulait pas abandonner, alors je l’ai soutenue malgré des coûts très élevés. On parle d’environ 15 000 $ pour un processus complet. » 

Dans son parcours, le couple évoque aussi l’option de l’adoption. « C’était une épreuve de plus, car si nous avons passé la première évaluation, nous avons été rejetées un an plus tard après une nouvelle rencontre. Ce rêve s’effondrait à son tour. » 

La nouvelle inattendue 

C’est alors que, après avoir presque perdu tout espoir de devenir mère un jour, Geneviève et Chantal reçoivent une proposition inattendue, presque miraculeuse. 

En effet, lors d’une formation professionnelle, quelqu’un entend Geneviève parler de son parcours et lui fait alors une offre. Elle possède des embryons conservés à Montréal et aimerait les donner pour ne pas avoir à les détruire. « Elle m’a montré la photo de sa fille et m’a dit : si tu as un enfant, il pourrait lui ressembler. » 

Après une brève hésitation, les deux femmes acceptent. « Et puis, comme nous avons beaucoup de chance, cette opportunité est arrivée dans nos vies en 2019, soit quelques mois avant le début de la pandémie, ironise Geneviève. Cela a été toute une aventure d’organiser le transfert des embryons d’une clinique à l’autre. » De nouveau, cette tentative de grossesse pour Geneviève n’aboutit à rien. « J’étais tannée. Je me disais qu’il fallait trouver un autre moyen », ajoute Chantal. 

La mère porteuse : le dernier espoir 

Face à toutes ces tentatives infructueuses, les deux femmes pensent alors au recours à une mère porteuse. Parmi les mamans du service de garde de Chantal, une d’entre elles, Cindy, propose spontanément son aide. Reste encore à trouver le père… « C’est mon frère qui a accepté d’être le donneur pour que l’enfant me ressemble, explique Geneviève. Pour réduire les coûts, nous avons opté pour une insémination “maison” avec l’aide professionnelle d’une infirmière dont nous étions très proches. » 

En tout, dix essais seront nécessaires, mais finalement, au dernier, le 29 août 2023, Cindy leur apprend qu’elle est enceinte. 

La naissance si attendue 

À la mi-mai, l’accouchement est provoqué et les trois femmes se retrouvent ensemble à l’hôpital, réunies dans la même chambre avec un plan bien établi : Chantal prendra le bébé dans ses bras et Geneviève coupera le cordon. 

« Il y avait tout un processus particulier et nous étions entre deux lois, raconte Geneviève. Sur l’acte de naissance, la mère porteuse est inscrite comme parent 1 et moi comme parent 2. C’est grâce à notre avocat que nous avons pu faire reconnaître Chantal officiellement comme parent 1. Cindy a cédé ses droits parentaux et nous sommes devenues, au bout d’une année, toutes les deux les mamans d’Ambre. » 

Aujourd’hui, la petite s’épanouit dans un cadre familial aimant où son histoire si particulière ne lui sera jamais cachée. Un petit livre illustré a même été produit par ses mères afin de tout lui expliquer avec douceur et simplicité. 

La gestation pour autrui : un processus bien encadré au Québec 

  • La gestation pour autrui est officiellement reconnue et encadrée depuis 2024. 
  • Un contrat doit être signé avant la grossesse entre les futurs parents et la mère porteuse. 
  • La personne qui porte l’enfant ne peut pas être rémunérée pour la grossesse, mais certaines dépenses liées au processus peuvent être remboursées (transport pour les examens médicaux, vêtements, médicaments…). 
  • La mère porteuse doit être âgée de 21 ans ou plus et doit être domiciliée au Québec depuis au moins un an. 
  • Après la naissance, des règles précises permettent aux parents d’obtenir rapidement un statut légal clair. 

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