Accompagner son animal jusqu’au bout, en douceur 

  • Publié le 6 oct. 2026
  • Lecture : 4 minutes
Laureen Peers
Photo gracieuseté
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Le poil qui blanchit un peu autour du museau, le pas plus hésitant dans les escaliers. Ce sont de petits signes, mais ils arrivent souvent avec un pincement au cœur. Pour la Dre Valérie Bissonnette, présidente de l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux (AMVQ), accompagner un animal qui vieillit, c’est apprendre à avancer avec lui. Tout doucement, un jour à la fois.

Reconnaître les signes de l’âge 

Il n’y a pas d’âge magique où un chien ou un chat devient « vieux » du jour au lendemain. « Avec les chats, après neuf ans, on commence à voir des changements. Les chiens, c’est très variable selon la taille. Les grands, plutôt vers six ans, tandis que les petits c’est plus vers sept-neuf ans », explique la Dre Bissonnette.  

Les premiers signes sont discrets, presque tendres. Un œil qui blanchit un peu, une masse musculaire qui diminue tranquillement, le poil qui grisonne. Rien d’alarmant en soi, mais c’est le bon moment pour resserrer les visites chez le vétérinaire. Certaines conditions, comme l’hypertension ou les troubles cardiaques, s’installent en silence, un peu comme chez nous. 

Adapter le quotidien avec tendresse et prévoyance 

Pas besoin de tout bouleverser d’un coup. « Il faut s’adapter à leur rythme. Si notre animal ne ralentit pas, ne ralentissons pas », rassure la Dre Bissonnette. Une rampe pour le lit, modifier la nourriture, un peu de physiothérapie ou d’acupuncture au besoin. Le vétérinaire peut guider vers ce qui convient, surtout pour les petits chiens au dos plus fragile. 

Il y a aussi l’argent, un sujet qu’on ose peu aborder, par pudeur autant que par inquiétude. La Dre Bissonnette en parle avec beaucoup de délicatesse. « C’est bien, avant que ça devienne important, de souscrire à une assurance animale. Une fois que les petits problèmes apparaissent, les exclusions se multiplient. »  

Elle le reconnaît sans détour. Les coûts pèsent parfois lourd dans les décisions d’une famille. C’est justement pour ça que les vétérinaires en discutent ouvertement. « Le but, c’est de ne ruiner personne, pas plus émotionnellement que financièrement. C’est de trouver le meilleur plan pour tout le monde. » 

Traverser le deuil avec compassion 

Le deuil d’un animal porte une couleur bien à lui. « L’animal, c’est comme un jeune enfant. La famille est entièrement responsable de son bonheur et de sa santé », rappelle la spécialiste. Contrairement à un proche humain, l’animal n’a souvent que nous. Tout le poids de ses soins et de ses décisions repose sur une seule famille. 

C’est en bonne partie ce qui explique la culpabilité qui suit souvent une perte. « J’aurais dû lui donner plus de marches, j’aurais dû passer plus de temps avec lui. J’ai été plus occupée la dernière semaine, il a été tout seul », illustre la Dre Bissonnette. Ces pensées-là reviennent souvent, et pèsent encore plus lourd quand une décision a été prise à contrecœur, pour des raisons financières. « L’animal, sa vie, c’est nous, souvent en tout cas. Lorsqu’il lui arrive quelque chose, on peut mal vivre avec nos décisions puis nos comportements. » C’est une réaction humaine, et normale, note la Dre Bissonnette. 

Parfois, on a envie d’accueillir un nouvel animal après une perte. L’experte y voit moins une peur de « trahir » qu’une simple question de moment. « On avait une relation privilégiée, adaptée à son rythme. En reprendre une nouvelle trop vite, dans un moment déjà sensible, mène souvent à des adoptions qui échouent. » 

Son conseil est simple, et tout en douceur. Se laisser le temps. Éviter les refuges tant qu’on n’est pas prêt. Plutôt, passer un moment avec l’animal d’un proche. Et surtout, rendre hommage à son compagnon à sa façon en écrivant quelques mots, partageant un souvenir avec les gens qu’on aime. « On a tendance à ne se rappeler que les derniers moments, mais rien ne dit qu’un moment compte plus qu’un autre. Rappelons-nous des belles années. » 

Un dernier hommage au cœur de la forêt 

À Sainte-Sophie, la Forêt de la seconde vie propose un service encore peu répandu : offrir aux animaux de compagnie un dernier hommage en pleine nature. Nous leur avons posé trois questions à propos de cet accompagnement. 

Pourquoi offrir un service funéraire à son animal de compagnie ? 

Parce que l’animal fait partie de la famille, des habitudes, des souvenirs. Les familles cherchent donc davantage un geste et un lieu qui correspondent à l’importance qu’il a eue dans leur vie. 

Comment accompagnez-vous les familles dans ce choix ? 

Nous commençons par écouter les besoins des familles. Certaines veulent être présentes et vivre un dernier moment avec leur animal; d’autres préfèrent quelque chose de plus discret. Avec le Boisé des Compagnons, nous proposons notamment la crémation et offrons la dispersion des cendres : un rituel symbolique, simple et naturel qui permet à l’animal de retourner dans un lieu où sa mémoire pourra demeurer. 

Peut-on enterrer son animal chez soi ? 

Il faut être prudent. Les règles peuvent varier selon la situation et la municipalité. La propriété de la Forêt de la seconde vie est protégée à perpétuité par une servitude de protection et de conservation de la nature. Humains et animaux peuvent ainsi avoir leur lieu de mémoire au sein d’une même forêt destinée à demeurer protégée pour les générations futures. La Forêt de la seconde vie offre ainsi un lieu pérenne, protégé et voué à la nature, où le retour à la terre des cendres devient un geste qui contribue directement à la vocation écologique du site. 

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